Neuf commerces, un local vide : l'inventaire de la rue Basse
Neuf commerces ouverts, un local vide. En relevant vitrine par vitrine surface, loyer et durée d'occupation depuis 2010, la rue Basse raconte autre chose que le déclin qu'on lui prête en conseil municipal.
Camille Fournier-BraudLecture : 5 min
La rue Basse compte dix locaux commerciaux sur trois cent dix mètres. Neuf sont ouverts, un est vide. Nous les avons relevés un par un le 12 mars, en deux passages, avec un télémètre, le cadastre et les annonces légales.
L'exercice n'avait pas été fait depuis 2014. Depuis, la rue sert d'illustration à deux discours opposés en conseil municipal : celui du déclin du centre-ville, et celui de la redynamisation réussie. Aucun des deux ne s'appuie sur un relevé.
Ce que dit le relevé
Les neuf commerces ouverts occupent neuf cent quarante-huit mètres carrés : boulangerie, boucherie-traiteur, presse-tabac, pharmacie, fleuriste, salon de coiffure, atelier de retouche, quincaillerie, bar-restaurant. Le plus petit fait soixante-quatorze mètres carrés, le plus grand cent trente-six.
Le loyer médian s'établit à huit euros vingt du mètre carré et par mois, dans une fourchette de six euros dix à onze euros quarante. Le haut de la fourchette n'est pas là où on l'attend : ce n'est ni la pharmacie ni la boulangerie, c'est l'atelier de retouche, quatre-vingt-douze mètres carrés dans le seul local de la rue qui dispose d'une réserve à l'arrière et d'un accès véhicule.
La durée médiane d'occupation continue des neuf est de neuf ans. Deux locaux n'ont pas changé d'enseigne depuis 2010. Quatre en ont changé trois fois ou plus. La rue tourne donc, et beaucoup — mais elle tourne sans se vider, ce qui est exactement le point que le relevé permet d'établir et que l'observation à l'œil nu ne permet pas.
10locaux
relevés vitrine par vitrine le 12 mars
9ouverts
un seul vide, depuis sept ans
8,20€/m²/mois
loyer médian affiché ou communiqué
84mois
de vacance portés par ce seul local, sur 96 relevés depuis 2010
La rue n'a pas un problème de vacance, elle a un local
Depuis le 1er janvier 2010, soit cent quatre-vingt-douze mois, les dix locaux de la rue Basse cumulent quatre-vingt-seize mois de vacance. Quatre-vingt-quatre de ces quatre-vingt-seize mois sont portés par le même local, le cinquième depuis le pont, fermé depuis février 2019.
Les neuf autres cumulent douze mois de vide en seize ans, à eux neuf. La rue n'a jamais compté plus de deux locaux fermés en même temps, et cette situation n'a duré que quatre mois, à l'hiver 2016.
Le local vide fait deux cent quatorze mètres carrés répartis sur trois niveaux. C'est l'ancienne droguerie. Il est proposé à mille quatre cent cinquante euros par mois, soit six euros soixante-dix-huit du mètre carré : sous la médiane de la rue. Le prix n'est donc pas le sujet, et c'est la première chose que le relevé retire du débat.
Ce qui bloque est ailleurs, et il tient en une phrase de procès-verbal. Le local n'a qu'une issue, qui donne sur une cour commune appartenant à une copropriété de six lots. En mars 2019, l'assemblée générale de cette copropriété a refusé la création d'une seconde issue sur la cour, par cinq voix contre une. Sans seconde issue, l'effectif admissible du public est plafonné à dix-neuf personnes. Sur deux cent quatorze mètres carrés, cela exclut tout commerce de détail et tout commerce alimentaire.
Trois candidats se sont présentés depuis. Un caviste en 2020 et une salle de sport en 2022, tous deux arrêtés par l'issue. Une agence immobilière en 2024, arrêtée par autre chose : le plan local d'urbanisme impose le maintien d'une destination commerciale sur cette portion de la rue, et un bureau n'en est pas une. Cette règle a été votée en 2017 pour empêcher la disparition des vitrines. Elle a, sur ce local précis, l'effet inverse de celui pour lequel elle a été écrite.
Ce qui a réellement changé la rue, et qui n'était pas un plan de redynamisation
Le seul événement identifiable dans les seize ans de relevé est le déplacement du marché du jeudi, ramené en 2021 de la place du Champ-de-Foire à la place de l'Église et au bas de la rue Basse.
Les neuf commerçants le citent tous les neuf, sans exception, quand on leur demande ce qui a compté. Les chiffres qu'ils communiquent vont dans le même sens : la boulangerie déclare un jeudi supérieur de trente et un pour cent à sa moyenne hebdomadaire, la boucherie de vingt-six pour cent, le bar-restaurant de quarante-quatre. Deux des quatre installations postérieures à 2021 — le fleuriste et l'atelier de retouche — indiquent avoir choisi la rue pour cette raison, et l'écrivent dans leur dossier de prêt.
Le déplacement du marché n'a coûté aucun investissement, n'a fait l'objet d'aucun plan et n'a jamais été présenté comme une action économique. Il figure dans une délibération de 2020 sous l'intitulé « organisation des marchés et foires ».
Dans le même temps, deux dispositifs de redynamisation ont été votés : une opération de façades en 2018, quarante-deux mille euros, sept dossiers ; et une signalétique commerciale en 2022, dix-neuf mille euros. Aucun commerçant, sur les neuf, ne les mentionne spontanément. Sept se souviennent des façades quand on les cite ; deux ignoraient que la signalétique existait.