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L'Echo des Hauts, magazine du plateauL'Écho des Hauts

Le plateau, documents à l'appui

Économie locale

Le marché du jeudi a doublé en cinq ans, sans un euro de subvention

De 19 exposants à 41 en cinq ans, sans une ligne de subvention. Trois décisions — le jour, l'emplacement, le droit de place — expliquent la seule croissance non aidée du plateau. Et une quatrième la plafonnera.

Théo BrissacLecture : 5 min

Diagramme en barres croissantes du nombre d exposants du marche du jeudi, de 2021 a 2026
Le nombre d'exposants du marché du jeudi, relevé le premier jeudi de juillet, de 2021 à 2026.

Dix-neuf exposants en 2021, quarante et un en 2026. Les deux chiffres sont comparables parce qu'ils sont relevés de la même façon : le premier jeudi de juillet, par le placier, à neuf heures. C'est la seule série continue dont dispose la commune, et c'est celle qui figure sur les documents de la communauté des Hauts.

Le marché du jeudi de Val-d'Ambre est la seule activité économique du plateau qui ait doublé en cinq ans sans qu'une ligne de subvention lui ait jamais été votée. Trois décisions de gestion expliquent cette croissance. Elles ont été prises entre 2020 et 2022, elles n'ont coûté aucun investissement, et aucune n'a fait l'objet d'une communication.

  • 19 → 41exposants

    entre juillet 2021 et juillet 2026

  • 0

    de subvention votée pour le marché, en cinq ans

  • 2,05€/m

    recette moyenne du droit de place en 2026

  • 23mètres

    de linéaire encore disponibles sur la place

Première décision : changer de jour

Jusqu'en 2020, le marché se tenait le samedi matin. Le passage au jeudi a été voté en décembre de la même année, contre l'avis d'une partie du conseil, au motif que le samedi était le jour de la clientèle.

Il l'était, et c'était le problème. Un producteur qui tient un étal le samedi renonce à la journée où il vend le plus en circuit court, à la ferme, et où il livre ses dépôts. Le jeudi ne lui coûte pas cette journée-là. L'effet se lit dans la composition de la croissance plutôt que dans son volume : sur les vingt-deux exposants supplémentaires, quatorze sont des producteurs du plateau — maraîchers du bas de l'Ambre, ateliers de la tomme des Sagnes, deux apiculteurs, un éleveur en vente directe. Onze d'entre eux disent qu'ils n'auraient pas tenu un samedi.

Le samedi mettait aussi le marché en concurrence avec les deux marchés de fond de vallée, à trente-cinq minutes. Le jeudi, il n'a aucun concurrent dans un rayon d'une heure. Ce n'est pas un avantage que la commune a créé : c'est un créneau qu'elle a occupé, et qui était vide.

Plan en L des quarante et un emplacements du marche et des quatre places encore libres
Les quarante et un emplacements du marché de juillet 2026, place de l'Église et bas de la rue Basse, et les vingt-trois mètres encore libres.Reconstitution graphique — L'Écho des Hauts

Deuxième et troisième décisions : l'emplacement, puis le tarif

Le marché s'est longtemps tenu sur la place du Champ-de-Foire, c'est-à-dire sur un parking, à quatre cents mètres du centre. Il a été ramené en 2021 place de l'Église et sur le bas de la rue Basse, les deux espaces étant contigus. La commune y a gagné ce qu'aucun plan de redynamisation n'avait produit : neuf commerces sédentaires ouverts sur le parcours d'un chaland qui, jusque-là, ne descendait pas jusqu'à eux.

La troisième décision est la plus technique et c'est celle qui a fait le reste. Le droit de place était de deux euros vingt le mètre linéaire, tarif unique, payable au trimestre d'avance. Il est devenu dégressif — deux euros vingt jusqu'à six mètres, un euro soixante au-delà — payable au jeudi, avec trois jeudis d'essai gratuits pour tout nouvel exposant. Les trois jeudis gratuits sont le point que les exposants citent en premier : ils suppriment le seul risque qu'un producteur ne peut pas évaluer d'avance, celui de venir pour rien.

L'ensemble se vérifie sur le compte du marché, qui n'existe pas comme budget annexe mais se reconstitue à partir des titres de recettes et des mandats. En 2021, dix-neuf exposants occupaient cent trois mètres de linéaire ; le droit de place rapportait dix mille six cents euros par an, pour dix-sept mille neuf cents euros de dépenses — placier, nettoyage, fluides, assurance. La commune comblait sept mille trois cents euros sur son budget général, sans que cela apparaisse nulle part sous le nom de marché.

En 2026, quarante et un exposants occupent deux cent vingt et un mètres. La recette atteint vingt et un mille trois cents euros, les dépenses vingt mille six cents. Le marché dégage sept cents euros. Il ne coûte plus rien à la commune, non pas parce qu'on a réduit sa dépense — elle a augmenté de quinze pour cent — mais parce que le linéaire vendu a doublé pendant que le prix au mètre baissait de sept pour cent.

On me demande toujours ce qu'on a fait pour attirer du monde. On n'a rien fait pour attirer du monde. On a arrêté de faire payer trois mois d'avance à quelqu'un qui ne sait pas s'il vendra.

Le placier du marché, en poste depuis 2019Entretien, juin 2026

La quatrième décision est déjà prise, et personne ne l'a votée

La place de l'Église et le bas de la rue Basse offrent deux cent quatre-vingt-onze mètres de façade utilisable. Il faut en retirer l'accès des secours, trente et un mètres, et les entrées des neuf commerces sédentaires, trente-neuf mètres, qui ne peuvent pas être masquées. Restent deux cent quarante-quatre mètres.

Deux cent vingt et un sont occupés en juillet. Il reste vingt-trois mètres, c'est-à-dire quatre étals. Au rythme des cinq dernières années — quatre exposants nouveaux par an en moyenne nette — le marché est plein en 2027, et il l'est en juillet avant de l'être en février, où trente-quatre exposants n'occupent que cent quatre-vingt-quatre mètres.

Le plafond n'est donc pas commercial, il est métrique, et c'est la deuxième décision qui l'a fabriqué. Revenir au Champ-de-Foire rendrait cent quatre-vingts mètres d'un coup et supprimerait exactement ce qui a fait la réussite : le passage devant les neuf vitrines. Étendre sur la rue Haute suppose de fermer un axe un jour par semaine, ce que le plan de circulation voté en juin ne prévoit pas. Rationner, enfin, revient à choisir entre les candidats, c'est-à-dire à faire de l'attribution ce que le tarif d'essai avait précisément cessé d'être.

Aucune de ces trois branches n'a été discutée en conseil. Le sujet n'y est pas inscrit, pour une raison simple : le marché n'a pas de ligne budgétaire, donc pas de rapport annuel, donc pas de moment où quelqu'un remarque qu'il ne reste que quatre places.