Le lac de la Fauge à 41 % : la saison où le barrage a dit non
41 % de remplissage au 12 août, plus bas relevé depuis 1976. Le gestionnaire du barrage de la Fauge a refusé le lâcher d'eau que trois communes demandaient. Il n'avait pas le choix, et personne n'avait lu la règle qui le lui interdisait.
Ana-Lucia FerreiroLecture : 5 min
Le 12 août 2025, la retenue de la Fauge était à 41 % de sa capacité. C'est le plus bas relevé de la série, qui commence en 1976, année qui servait jusque-là de référence dans toutes les conversations du plateau.
Trois communes ont demandé un lâcher d'eau dans les jours qui ont suivi. Le gestionnaire a refusé. Le premier épisode de ce dossier a posé la chaîne de compétence ; celui-ci montre ce qu'elle produit quand elle doit se contracter en quarante-huit heures.
41%
de remplissage au 12 août 2025
1,31Mm³
volume effectivement stocké ce jour-là
3,2Mm³
capacité totale de la retenue
180 000m³
le lâcher demandé par trois communes
1976
précédent plus bas relevé
1961
mise en service du barrage
Ce que la règle d'exploitation impose
Un barrage n'est pas une réserve dans laquelle on puise selon les besoins du moment. Il est exploité selon une règle écrite, qui fixe des cotes plancher par période de l'année, et les conditions dans lesquelles un lâcher est possible.
Celle de la Fauge date de sa mise en service, en 1961. Elle prévoit un plancher estival en dessous duquel aucun lâcher n'est autorisé, quelle qu'en soit la destination. Le 12 août 2025, la retenue était sous ce plancher.
Les volumes disent l'écart mieux que les pourcentages. Le plancher du 1ᵉʳ juillet au 30 septembre correspond à 1,45 million de mètres cubes, soit 45 % de la capacité. Ce jour-là, la retenue en contenait 1,31 million : 140 000 mètres cubes sous la limite. Le lâcher demandé par les trois communes portait sur 180 000 mètres cubes étalés sur dix jours, pour soutenir l'étiage de l'Ambre. Même en partant exactement du plancher, il l'aurait franchi.
Autrement dit, la décision n'était pas serrée. Elle n'existait pas : il n'y avait aucune version de la demande, aucune négociation sur le volume ou sur le calendrier, qui aurait pu être acceptée sans enfreindre le document.
Ce que l'été a fait, jour par jour
La courbe de l'été 2025 est la partie la moins commentée du dossier, et c'est la plus instructive. Le 1ᵉʳ mai, la retenue était à 89 % — une valeur banale, dans la moitié haute des cinquante dernières années. Le 12 août, elle était à 41 %. Quarante-huit points en cent trois jours, soit un demi-point par jour, ou quinze mille mètres cubes quotidiens.
Sur la médiane des dix étés précédents, la même date donne 62 %. L'anomalie de 2025 ne vient donc pas d'un départ bas : elle vient d'une pente. Et une pente se compose de deux choses, ce qui entre et ce qui sort. Les prélèvements de l'été 2025, relevés au compteur, sont à peine supérieurs à la moyenne des cinq précédents — moins de 4 % d'écart. Ce qui a changé est l'apport.
C'est ici qu'il faut être précis sur ce qu'on peut dire. La série de relevés du col des Trois-Vents, tenue chaque matin depuis 1996 à 1 512 mètres, donne +1,4 °C de moyenne annuelle et dix-huit jours de neige au sol en moins entre les décennies 1996-2005 et 2016-2025. Un stock de neige plus faible et qui fond plus tôt soutient moins bien un bassin en juillet. Ce rapprochement est légitime comme faisceau ; il ne démontre rien, et le carnet du col ne mesure d'ailleurs qu'un point, pas un bassin versant. La retenue n'a pas de station de mesure d'apport en amont : personne, sur le plateau, ne mesure ce qui entre dans le lac.
Comment la commune l'a appris
Par téléphone, le 14 août, deux jours après le relevé. Aucune des trois communes demandeuses ne disposait d'un canal formel avec le gestionnaire : la relation existe entre l'État et l'exploitant, pas entre l'exploitant et les communes.
C'est exactement l'effet décrit dans le premier épisode. Aucun des cinq échelons n'a mal fait son travail ; il n'existait simplement pas de circuit pour porter en quarante-huit heures une information que tout le monde avait le droit de connaître.
Le décalage a eu un coût visible, et il n'était pas dans l'eau potable. La base de loisirs installée sur la retenue a fermé le 3 août, la plage et la rampe de mise à l'eau se retrouvant à sec, sans que la commune ait pu prévenir les hébergeurs plus de quarante-huit heures à l'avance. Trois semaines de saison ont été perdues au cœur du mois d'août — et la fermeture a été annoncée comme une décision de sécurité, ce qu'elle était, sans que le chiffre de 41 % soit rendu public à ce moment-là.
Ce qui a changé depuis
Une convention d'information a été signée en janvier 2026 entre le gestionnaire et la communauté des Hauts. Elle ne change rien à la règle d'exploitation, qui reste celle de 1961 : elle organise la transmission du relevé hebdomadaire.
Elle ne dit rien non plus du plancher lui-même, qui est le seul objet réellement discutable de cette affaire. Une cote de sécurité calculée en 1961 l'a été sur un régime hydrologique observé avant elle, et sa révision relève du gestionnaire et de l'État, pas de l'assemblée. Aucune des trois communes n'a demandé cette révision ; aucune n'a lu le document.
Autrement dit, la convention règle le problème de communication et laisse entier le problème de fond, qui est arrivé le 24 avril 2026 sous la forme d'un vote de coupure nocturne. C'est le troisième épisode.