Le cinéma itinérant fait 42 séances par an dans neuf salles des fêtes
Quarante-deux séances par an, neuf salles des fêtes, 2 600 entrées. Une séance en salle des fêtes coûte trois fois le prix du billet. La question n'est pas la rentabilité, c'est jusqu'à quand la différence est votée.
Camille Fournier-BraudLecture : 5 min
L'association Les Écrans du Plateau projette quarante-deux films par an dans neuf salles des fêtes. Deux mille six cents entrées, soit soixante-deux par séance. Le billet plein tarif est à cinq euros.
Une séance coûte huit cent six euros. C'est le chiffre que personne ne donne, et il ne se lit dans aucun rapport d'activité, parce que les comptes de l'association sont tenus à l'année et jamais ramenés à la séance. Nous les avons repris ligne par ligne avec la trésorière, sur l'exercice 2025.
Rapporté aux soixante-deux entrées, cela fait treize euros deux la place — trois fois ce que le spectateur paie en moyenne.
Les six lignes d'une séance
Transport et montage, 340 euros. Deux personnes, un fourgon, quarante-six kilomètres aller-retour en moyenne. Une heure quarante de montage avant, cinquante-cinq minutes de démontage après : une projection d'une heure cinquante mobilise six heures quinze de travail.
Droits et location de copie, 130 euros en moyenne. Le point est technique et il commande tout le reste — il est détaillé plus bas.
Projectionniste, 128 euros. Salariée à mi-temps depuis 2018, seule salariée de l'association, qui compte par ailleurs vingt-deux bénévoles.
Chauffage, 96 euros. Les neuf communes mettent leur salle à disposition gratuitement. Quatre d'entre elles refacturent le chauffage d'octobre à avril, entre 61 et 148 euros la séance.
Assurance, droits d'auteur, communication : 62 euros. Amortissement du matériel de projection : 50 euros — un projecteur numérique acquis en 2019, quarante-deux mille euros, amorti sur dix ans.
Huit cent six euros. En face, la recette : soixante-deux entrées à quatre euros trente-cinq en moyenne — plein tarif, tarif réduit et tarif moins de quatorze ans confondus — soit deux cent soixante-neuf euros. Le déficit d'une séance est de cinq cent trente-sept euros.
42séances
par an, dans neuf salles des fêtes sur quatorze communes
2 600entrées
soit 62 par séance
13,02€
ce que coûte réellement une entrée
7,92€
la part d'argent public dans chaque entrée
Qui paie la différence, et jusqu'à quand c'est voté
Le coût annuel de la tournée est de trente-trois mille huit cent cinquante-deux euros. La billetterie en apporte onze mille trois cent dix, les adhésions et les dons mille neuf cent quarante-deux. Le reste, vingt mille six cents euros, est versé par la communauté des Hauts.
Divisée par les deux mille six cents entrées, cette subvention représente sept euros quatre-vingt-douze d'argent public par spectateur. Le chiffre n'a de sens qu'avec un point de comparaison, et il en existe un sur le plateau : le festival des Hauts, quatre mille deux cents spectateurs et quatre-vingt mille euros de subventions publiques, revient à dix-neuf euros par spectateur. La séance en salle des fêtes coûte deux fois et demie moins cher à la collectivité que la place de festival.
Cette comparaison ne dit pas lequel des deux vaut mieux : ils ne font pas le même métier, et l'un fait venir des gens de l'extérieur quand l'autre va chercher ceux qui ne se déplacent pas. Elle dit simplement que le rapport habituel — le petit dispositif serait le coûteux, le grand événement le rentable — est ici inversé, et qu'il n'a jamais été vérifié en séance.
La subvention est versée dans le cadre d'une convention triennale, votée le 8 octobre 2024, qui court jusqu'au 31 décembre 2027. Elle est stable en euros courants sur les trois exercices, ce qui, à inflation, revient à une baisse.
L'enveloppe dont elle est tirée, elle, ne l'est pas. Les subventions aux associations de la communauté sont passées de 214 000 euros en 2024 à 189 000 en 2026, sans qu'aucune délibération n'ait porté sur ce choix : il résulte de l'arbitrage annuel. Les Écrans du Plateau représentent aujourd'hui onze pour cent de cette enveloppe.
Le mercredi à Combe-Roussel, on est à quatre-vingts. Le vendredi à La Rive-Haute, on est à trente et un. C'est le même film, le même prix et le même déplacement. Ce qui change, c'est qu'à Combe-Roussel il y a quelqu'un qui appelle les gens.
Cinq communes qui ne sont pas sur la tournée
La tournée dessert Val-d'Ambre, Sainte-Cyre-en-Hauts, Le Bourg-Neuf, Chastel-Ambre, La Rive-Haute, Monteclair, Pierrefeuille, Les Sagnes et Combe-Roussel.
Cinq communes n'y figurent pas : Vaubernier, Saint-Vrain-du-Plan, Écharmes, La Fauge et Roche-Vieille, soit trois mille trente habitants. Trois d'entre elles n'ont pas de salle capable d'accueillir le matériel — largeur de projection insuffisante, ou absence d'occultation. Les deux autres en ont une, et n'ont jamais demandé de séance.
Le point compte pour une raison précise. Trente-quatre pour cent des entrées ont moins de dix-huit ans, et les quatorze séances jeunesse du mercredi remplissent quatre-vingt-une places en moyenne, contre cinquante-deux pour les vingt-huit autres. C'est la partie de l'activité qui marche le mieux, et c'est celle qui suppose que quelqu'un puisse venir sans conduire.
Depuis Roche-Vieille, la salle la plus proche de la tournée est à dix-neuf kilomètres.