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L'Echo des Hauts, magazine du plateauL'Écho des Hauts

Le plateau, documents à l'appui

La vie publique

Le centre de santé a coûté 620 000 € : où en est-il un an après ?

620 000 euros, ouvert en mars 2025, trois cabinets. Un an après, deux sont vides. Le coût par consultation de la première année donne le seul point de comparaison qui permette de juger l'équipement.

Camille Fournier-BraudLecture : 6 min

Fac-simile d'un extrait de compte administratif du centre de sante, huit lignes et un reste a charge
Le compte administratif du centre de santé, des trois postes d'investissement au reste à charge de la communauté.

Le centre de santé de Val-d'Ambre a ouvert le 6 mars 2025. Il a coûté 620 000 euros. La délibération qui l'a lancé, le 12 octobre 2023, annonçait trois praticiens à l'ouverture et cinq à trois ans.

Quatorze mois plus tard, un cabinet est occupé à temps plein, un deuxième deux demi-journées par semaine, le troisième n'a jamais servi. Aucune de ces trois phrases n'est contestée par la communauté des Hauts : elles figurent dans le rapport d'activité transmis au conseil le 11 mai, en annexe, sans commentaire.

Ce qui manque à ce rapport n'est pas un jugement. C'est une division. Tant qu'on ne rapporte pas la dépense au nombre de consultations produites, « 620 000 euros » ne veut rien dire — ni en bien ni en mal — parce qu'il n'existe aucun ordre de grandeur auquel le comparer.

Trente-cinq pour cent

Le taux d'occupation ne se lit nulle part dans le rapport. Il se reconstitue à partir du planning du centre, que la direction a communiqué sur demande, semaine par semaine.

Chaque cabinet est ouvrable quarante-cinq heures par semaine. Trois cabinets font cent trente-cinq heures. Le généraliste en occupe trente-neuf, la sage-femme huit. Quarante-sept heures sur cent trente-cinq : le centre fonctionne à trente-cinq pour cent de ce qu'il peut porter, et ce chiffre n'a pas bougé depuis le neuvième mois.

Le généraliste installé n'est pas un praticien de plus sur le plateau. C'est le second des deux généralistes qui y exerçaient déjà : il a quitté son cabinet de la rue Haute, où il était locataire, pour s'installer au centre en mars 2025. Le transfert était prévu et assumé — il figure dans la délibération de 2023 comme « premier occupant ». Il faut cependant le dire dans les mots qui conviennent : quatorze mois après l'ouverture, le plateau compte exactement le même nombre de médecins qu'avant.

Deux candidatures sont arrivées depuis, une en juin 2025, une en janvier 2026. Aucune n'a abouti. Le centre propose un poste salarié à 5 200 euros bruts mensuels. Les deux candidats ont retenu des offres de la vallée, à 6 100 euros, l'une avec un logement de fonction. L'écart est de 900 euros bruts, soit de l'ordre de 700 euros nets par mois. C'est, à quelques dizaines d'euros près, l'écart qui tient deux postes de scieur vacants depuis quatorze mois à Vaubernier. Le plateau ne perd pas ses candidats sur le métier : il les perd sur la différence.

Trois series de cinquante-deux barres hebdomadaires, la troisieme entierement plate
Les trois cabinets du centre de santé, semaine par semaine, de mars 2025 à mars 2026. La troisième ligne est plate depuis l'ouverture.Reconstitution graphique — L'Écho des Hauts
  • 620 000

    d'investissement, dont 229 400 à la charge de la communauté

  • 3cabinets

    dont deux inoccupés quatorze mois après l'ouverture

  • 11,24

    d'argent public par consultation, la première année

  • 0praticien

    de plus sur le plateau qu'en février 2025

Le coût par consultation, et le point de comparaison qui manquait

Le centre a produit 4 690 consultations sur ses douze premiers mois : 4 380 pour le généraliste, 310 pour la sage-femme.

En face, la dépense publique annuelle est la somme de deux lignes : 38 600 euros de fonctionnement et 14 100 euros d'annuité d'emprunt, soit 52 700 euros. Divisée par 4 690, elle donne 11,24 euros d'argent public par consultation.

Ce chiffre ne dit encore rien tant qu'on ne le compare pas. Le point de comparaison existe, à vingt minutes de route, et il n'a jamais été produit en séance. La commune de Monteclair loue à son généraliste un local communal 240 euros par mois, soit 2 880 euros par an. Ce praticien fait de l'ordre de 6 800 consultations dans l'année. La consultation y coûte quarante-deux centimes d'argent public.

Vingt-sept fois moins. Le rapport est brutal et il faut aussitôt dire pourquoi il ne constitue pas un verdict : le local de Monteclair n'a jamais attiré personne, et il n'a jamais été fait pour ça. Un centre de santé n'achète pas des consultations, il achète du salariat — c'est-à-dire la seule forme d'exercice que les deux candidats de 2025 et de 2026 cherchaient, et que le plateau ne savait pas offrir avant 2025.

La question juste n'est donc pas « le centre coûte-t-il cher par consultation », mais « combien coûte l'attractivité qu'il achète ». Et elle a une réponse arithmétique : 229 400 euros de reste à charge, divisés par zéro praticien supplémentaire.

Le point de bascule n'est pas dans le temps, il est dans deux portes fermées

On répète volontiers qu'un équipement de ce type « met du temps à trouver son public ». Ce n'est pas ce que montre la série : le taux d'occupation est stable depuis le neuvième mois, et la file active du généraliste est pleine depuis le quatrième. Rien n'attend d'être découvert.

Ce qui manque se chiffre exactement. Trois praticiens à temps plein produiraient de l'ordre de 14 000 consultations par an. Les mêmes 52 700 euros divisés par 14 000 donnent 3,76 euros par consultation. Le centre passerait alors sous le seuil de tous les équipements de santé comparés dans le rapport d'instruction de 2023, qui retenait une fourchette de 4 à 9 euros. Il n'a pas besoin de plus de temps : il a besoin de deux médecins.

Un troisième effet, plus rarement cité, se joue au même endroit. À deux généralistes, la garde de week-end est mathématiquement d'un week-end sur deux. À trois, elle passe à un sur trois ; à quatre, un sur quatre. C'est la contrainte que les deux candidats ont mentionnée l'une et l'autre dans leur échange écrit avec la communauté, avant même le salaire. Les deux cabinets vides ne coûtent donc pas seulement les consultations qu'ils ne produisent pas : ils entretiennent la condition d'exercice qui décourage ceux qui les rempliraient.

La convention de financement signée avec la région comporte une clause d'occupation minimale de deux cabinets à l'échéance des trois ans, soit mars 2028. Elle n'a pas été rappelée au conseil du 11 mai. Le montant susceptible d'être repris est de 84 000 euros.